Les actions Pernod Ricard (EU:RI) ont chuté de plus de 3 % lundi après que Deutsche Bank a abaissé sa recommandation sur le titre à « sell », contre « hold » précédemment, estimant que la récente hausse du cours dépasse désormais les fondamentaux de l’entreprise.
Cette dégradation intervient quelques jours après la publication des résultats du premier semestre de l’exercice 2026, qui ont montré une baisse des ventes organiques de 5,9 % et un recul de l’EBIT de 7,5 %, globalement conformes aux attentes du marché.
L’analyste de Deutsche Bank, Mitch Collett, estime que la valorisation apparaît désormais tendue, soulignant que Pernod se négocie autour de 15,2 fois les bénéfices attendus pour l’année civile 2026 — soit seulement une décote de 14 % par rapport aux autres groupes européens de boissons. Selon lui, cet écart ne reflète pas suffisamment un levier financier élevé, avec une dette nette équivalente à 3,8 fois l’EBITDA, ni les incertitudes entourant la croissance future.
Selon la banque, la progression d’environ 20 % du titre depuis le début de l’année semble principalement liée à des facteurs techniques, notamment la réduction d’importantes positions vendeuses, plutôt qu’à une amélioration réelle des performances opérationnelles.
Deux risques principaux justifient cette recommandation. Le premier concerne l’endettement. La direction s’est engagée à ramener le ratio dette nette/EBITDA sous 3 fois d’ici l’exercice 2029, mais cet objectif dépend d’un redressement des bénéfices, de nouvelles cessions d’actifs et d’une stricte discipline financière sur plusieurs années, laissant peu de marge d’erreur en cas de faiblesse persistante en Chine ou aux États-Unis.
Le second risque concerne les attentes d’un redressement au second semestre. Le consensus anticipe une croissance organique des ventes d’environ 1,2 %, que Deutsche Bank considère davantage liée à des effets calendaires favorables autour du Nouvel An chinois et à des comparaisons plus faciles qu’à une véritable reprise de la demande. La direction elle-même a qualifié les perspectives en Chine de principalement techniques.
Collett estime également qu’une réinitialisation plus marquée de la rentabilité et de la politique de rémunération des actionnaires pourrait être nécessaire avant qu’une revalorisation durable du titre ne se matérialise.
Le dividende de 4,70 € par action est maintenu mais sans perspective de croissance, tandis que la couverture du flux de trésorerie disponible reste limitée. Les marges brutes continuent de subir la pression des droits de douane et de l’inflation des stocks vieillissants, malgré une réduction de 10 % des coûts structurels.
À l’inverse, Jefferies maintient une recommandation « buy » avec un objectif de cours de 110 €, mettant en avant la décote de valorisation et la crédibilité du programme d’efficacité du groupe. Toutefois, cette vision plus optimiste repose sur la confiance dans l’objectif de croissance à moyen terme de 3 % à 6 %, un scénario que Deutsche Bank ne juge pas convaincant aux niveaux de prix actuels.
Parmi les facteurs de hausse potentiels figurent un cycle de restockage aux États-Unis ou des mesures de relance économique en Chine. En l’absence de signes plus clairs d’une reprise durable du chiffre d’affaires, Deutsche Bank estime que le récent rebond du titre pourrait désormais avoir largement atteint ses limites.

Leave a Reply